(Accès au site des 45000) Quelques précisions sur Clarin, Bonaventure, BAIXAS (surnommé Michel) 45192 :
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Clarin, Bonaventure, BAIXAS © Droits Réservés |
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Né le 13 septembre 1908 à Pia (Pyrénées-Orientales - 66), il est fils d’un cultivateur.
À
une date restant à préciser, il épouse Raymonde Mora, née
le 15 août 1913 à Paris 13e. Ils ont quatre enfants, tous nés
à Paris : Roger, le 16 mai 1931, Micheline, le 14 décembre 1932,
Odette, le 13 octobre 1934, et Colette, le 26 mars 1939.
Au moment de son arrestation, la famille est domicilié au 188, rue Philippe-Triaire
à Nanterre* (Hauts-de-Seine - 92).
Jusqu’à la guerre, Clarin Baixas est contremaître aux usines
Renault de Billancourt. Il est renvoyé à l’arrivée
de l’occupant (à vérifier…).
Ensuite, il se déclare comme marbrier, métier qu’il a appris
avec le premier mari de sa sœur Thérèse : il travaille alors
à son compte à Paris (devanture de boutique ou objets en marbre).
Très myope mais soucieux d'élégance, il évite de
se faire photographier avec ses lunettes. Il aime porter des chapeaux. Sa famille
le connaît comme quelqu'un de très gai : la dernière fois
que sa nièce et filleule Jacqueline le voit, dans un café, il
imite Maurice Chevalier, chantant et dansant comme lui.
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Clarin, Bonaventure, BAIXAS et sa femme © Droits Réservés |
Membre
du Parti communiste et secrétaire de section, il est élu conseiller
municipal de Nanterre le 12 mai 1935, sur la liste dirigée par
Pierre Brandy et Raymond Barbet. Il est élu maire-adjoint, en charge
des sports et de la jeunesse.
Pendant la guerre d’Espagne, il fait partie d’une délégation
qui se rend à Barcelone pour y apporter du ravitaillement et ramener
des réfugiés.
Le
5 octobre 1939, comme pour la plupart des villes de la “banlieue rouge",
le conseil municipal de Nanterre est “suspendu” par décret
du président de la République (sur proposition du ministre de
l’Intérieur) et remplacé par une délégation
spéciale nommée par le préfet.
En 1939, il est arrêté une première fois à son domicile,
alors que son épouse est enceinte et écroué à la
Maison d’arrêt de Fresnes* (Val-de-Marne
- 94) (à vérifier…).
Le 29 février 1940, le conseil de préfecture de la Seine
déchoit Clarin Baixas de son mandat pour appartenance au Parti communiste.
Il reste actif dans le Parti communiste clandestin et distribue des tracts sur son lieu de travail (selon l’attestation du Front national**). Une liste établie par la police française indique qu’il est « arrêté deux fois au cours des hostilités pour propagande communiste clandestine » et qu’il « a repris son activité depuis sa libération ».
Le
5 octobre 1940, au petit-jour, il est arrêté à son domicile
en revenant chez lui voir son épouse et ses enfants ; depuis plusieurs
jours il se cachait chez d’autres membres de sa famille.
Il est appréhendé par la police française lors de la grande
vague d’arrestations ciblées organisée dans les départements
de la Seine et de la Seine-et-Oise par les préfets du gouvernement de
Pétain contre des hommes connus avant guerre pour être des responsables
communistes (élus, cadres du PC et de la CGT) ; action menée avec
l’accord de l’occupant. Après avoir été regroupés
en différents lieux, 182 militants de la Seine sont rapidement placés
en internement administratif au “centre de séjour surveillé”
(CCS) d’Aincourt (Val-d’Oise - 95), créé à
cette occasion dans les bâtiments réquisitionnés d’un
sanatorium isolé en forêt.
Dès son arrestation, Clarin Baixas - qui est très myope - est
privé de ses lunettes.
Le 24 juin 1941, il fait partie d’une trentaine de « meneurs
indésirables » transférés à la Maison
d’arrêt de Rambouillet (Yvelines - 78), à la suite d’
« actes d’indiscipline » collectifs.
Le 27 septembre 1941, il fait partie des 23 militants communistes de la Seine
transférés au “centre d’internement administratif”
(CIA) de Gaillon (Eure - 27), un château Renaissance isolé sur
un promontoire surplombant la Seine et transformé en centre de détention
au 19e siècle, puis en caserne.
Le 30 novembre 1941, il écrit depuis ce camp à sa nièce
Jacqueline, par l’intermédiaire de Raymonde, son épouse
(les détenus n’ont droit qu’à deux lettres par semaine).
Rappelant qu’il est détenu depuis 14 mois, il lui donne l’emploi
du temps du camp : « Lever le matin. 8h30, toilette. Nous avons ensuite
une promenade dans la cour de 10 h à 11 h. À 11 h 30, repas. Ensuite,
nous remontons dans nos chambres jusqu’à 15 h, puis promenade jusqu’à
17 h. À 18 h, la soupe, et 20 h 30, extinction des lumières. Enfin,
sur 24 heures, nous sommes 20 heures enfermés. »
Le 20 décembre, il écrit à sa sœur aînée,
Thérèse, indiquant qu’il a bien reçu le mandat de
celle-ci et que son moral est bon. Cependant, il ajoute : « J’aurai
besoin de me retaper un peu, car les forces en ont pris un coup. »
Concernant la vie du camp, il précise :« Ici pour le tabac,
nous touchons trois paquets de gris, c’est-à-dire la ration générale.
On s’en passe plus facilement que de manger. Pour les visites, il y a
deux jours la semaine : le jeudi et le dimanche de 14 heures à 16 heures
; c’est court. On nous a fait des visites plus longues pour le jeudi de
Noël, le dimanche 28, Ainsi que le jeudi 1er janvier. Ces trois jours-là,
les visiteurs ont droit de rentrer le matin de dix heures à midi et de
deux heures à cinq heures l’après-midi. Il te faut un papier
d’identité, c’est tout. Certes, cela fait des frais : 75
francs de chemin de fer. Tu as un seul train le matin à 7 h, gare Saint-Lazare
; tu descends en gare de Gaillon. »
Le 20 janvier 1942, avec l’accord des autorités du camp, il écrit
une courte lettre à sa sœur Thérèse (mère de
Jacqueline) pour la prévenir que les détenus sont privés
des visites de leur famille à la suite de l’évasion de deux
d’entre eux - Roger Ginsburger/Pierre Villon et René Guégan
- trois jours plus tôt. Clarin (Michel) Baixas précise qu’il
souffre d’un « sale rhume ; mais ça n’est rien.
»
Le 24 février, il écrit à Thérèse : «
Je ne tousse plus du tout. Ma plus grande maladie est celle de bien des
gens : ne pouvoir manger à ma faim. » Il lui annonce que l’interdiction
des visites, qui devaient être levée le dimanche 22 février,
a été prolongée jusqu’à nouvel ordre : «
Aussi, les femmes qui sont venues sont reparties sans voir leurs maris.
(…) Raymonde qui devait venir, elle aussi, dans un quinzaine de jours.
» « Ici, le froid continue. Il y a une belle couche de neige.
Vraiment, tout s’en mêle : avec la misère et la faim, le
froid. » Il semble finalement qu’il n’ait reçu
aucune visite familiale à Gaillon.
Selon une note de la police (RG ?) datée du 18 février 1942, il figure sur une liste de 43 « militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion », et qui sont pour la plupart internés au camp de Gaillon.
Le
5 mars 1942, Clarin (Michel) Baixas est parmi les 16 internés de Gaillon
remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci
et conduits en autocar au camp allemand de Royallieu à Compiègne
(Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag
122 - Polizeihaftlager). Là, son épouse et son fils aîné,
Roger, lui rendent au moins une visite.
Pendant sa détention en France, Clarin Baixas fait des dessins à
la plume pour ses enfants.
Entre
la fin avril et la fin juin 1942, il est sélectionné avec plus
d’un millier d’otages désignés comme communistes et
une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation
a été décidée en représailles des actions
armées de la résistance communiste contre l’armée
allemande (en application d’un ordre de Hitler).
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous
escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans
des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées,
à 9 h 30. Sa famille ne reçoit plus aucune nouvelle.
Le 8 juillet 1942, dans l’après-midi, Clarin Baixas est enregistré à Auschwitz, sous le numéro 45192. Sur la photo d’immatriculation (identifiée par son fils Roger, 09-2006), il apparaît très amaigri.
Il meurt du typhus à Auschwitz dans la première semaine de septembre 1942, selon le témoignage d’Eugène Garnier ; mais il ne figure pas dans les registres de décès du camp**.
En
1945, d’autres rescapés (inconnus) ont témoigné à
sa famille que Clarin Baixas était mort dans le train le conduisant à
Auschwitz, certainement pour éviter l’évocation des souffrances
connues au camp.
Il est déclaré “Mort pour la France” et homologué
comme “Déporté politique” en 1955 ; reconnu "mort
en déportation" par arrêté ministériel du 15
septembre 2005.
Il est homologué dans la Résistance intérieure française
au titre du Front national***
(5-10-1949).
À
une date restant à préciser, le Conseil municipal de Nanterre
donne son nom à une rue de la commune.
Son nom est inscrit (sans prénom) parmi les déportés sur
le Monument aux morts de Nanterre, parc des Anciennes Mairies.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son
acte de décès (J.O. du 11-01-2006).
* Jusqu’à la loi du 10 juillet
1964, cette commune fait partie du département de la Seine, qui inclut
Paris et de nombreuses villes de la “petite couronne”, dont la “ceinture
rouge” des municipalités dirigées par des maires communistes
(transfert administratif effectif en janvier 1968).
*** Dans les années qui ont suivi la guerre,
devant l’impossibilité d’obtenir des dates précises
de décès des déportés, mais soucieux d’établir
les documents administratifs nécessaires pour le versement des pensions
aux familles, les services français d’état civil, par l’intermédiaire
du Ministère des Anciens Combattants, ont très souvent fixé
des dates fictives, sur la base du témoignage approximatif des rescapés.
À la Mairie de Pia, le registre d’état civil portait initialement
la mention « Mort au camp de Compiègne, le 6 juillet 1942 ».
Au fichier national des archives du Monde combattant, la fiche de Clarin Baixas
indique septembre 1942 pour date de son décès, probablement à
partir du témoignage d’Eugène Garnier. Le journal officiel
de janvier 2006 “corrige” : « le 11 juillet 1942 à
Auschwitz (Pologne) et non le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise)
».
***
Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance
de la France : mouvement de Résistance constitué en mai 1941 à
l’initiative du PCF clandestin (sans aucun lien avec l’organisation
politique créée en 1972).
Sources
:
- Témoignage de Jean-Claude et Colette Fauvet, sa fille (correspondance
et archives familiales, septembre 2006).
- Témoignages et documents de Jacqueline Jeanblanc, sa filleule et nièce,
et de Véronique Jeanblanc, sa petite-nièce (juin 2007).
- Lettre d’Eugène Garnier qui l’a connu à Compiègne-Royallieu
(8-10-1949).
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi
politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires,
Paris 2005, pages 355, 383 et 394.
- Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur
les “45000” et “31000” des Hauts-de-Seine nord (2002),
citant : Archives du Monde combattant, Caen - Archives municipales de Nanterre,
liste de déportés - Mairie de Pia : le registre d’état
civil porte la mention « Mort au camp de Compiègne, le 6 juillet
1942 ».
- Musée de la Résistance nationale (MRN) Champigny-sur-Marne (94),
carton “Association nationale de des familles de fusillés et massacrés”,
fichier des victimes.
- Archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation
allemande” : BA 2373 et 2374 (camps d’internement…).
- Dominique Ghelfi, Des Tourelles à Buchenwald (daté 1946)
in “Contre l’oubli”, brochure éditée par
la Ville de Villejuif, service municipal de l’information, à l’occasion
d’une exposition en février 1996, page 59 à 62. D. Ghelgi,
n’ayant pas été sélectionné pour le convoi
du 6 juillet, a assisté au départ de ses camarades. Lui-même
a été déporté à Buchenwald en janvier 1944
(rescapé).
- Pierre Villon, Résistant de la première heure, entretiens
avec Claude Willard, éd. Messidor, Notre temps/Mémoire, 10-1983,
pages 57-59.
- Site Mémorial GenWeb, 92-Nanterre, relevé de Gilles
Gauthier (12-2005).
Mémoire
Vive
(dernière mise à jour, le 31-05-2008)
En hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.
Cette
notice biographique doit être considérée comme un
document provisoire établi à partir des archives et témoignages
connus à ce jour. Vous êtes invité à corriger les erreurs qui auraient pu s'y glisser et/ou à la compléter avec les informations dont vous disposez (en indiquant vos sources). |